« Notre ambition d’intégrer le top 7 mondial de l’industrie automobile est tout à fait fondée »

Le Maroc, qui table sur une capacité de production annuelle d’un million d’unités à l’horizon 2020 avec un taux d’intégration de 80%, se positionne d’ores et déjà comme un hub mondial de l’industrie automobile grâce notamment à son offre attrayante pour les investisseurs étrangers et à son intégration au continent africain. Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce, et de l’Économie Numérique, revient sur les ambitions et les moyens du Maroc d’intégrer le top 7 mondial de l’industrie automobile dans les prochaines années.



Challenge : Le Maroc se positionne aujourd’hui au 1er rang des exportateurs de produits automobiles dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Comment expliquez-vous la progression fulgurante que connait le secteur de l’automobile au Maroc ces dernières années ?
Moulay Hafid Elalamy : Cette montée en puissance de l’industrie automobile nous la devons à la vision stratégique tracée pour le secteur, ainsi qu’à l’implication et l’engagement du secteur privé pour le déploiement de cette vision. Ce partenariat a été fondamental, à mon sens, pour développer la base automobile actuelle : le tissu productif s’est élargi, les métiers de l’automobile se sont diversifiés et la destination Maroc a gagné en fiabilité et en crédibilité aux yeux des investisseurs. La plateforme s’est forgée une renommée mondiale et a été en mesure d’accueillir des succès. L’implantation de Renault, notamment, a constitué une véritable locomotive pour l’ensemble des filières de l’automobile.

Et cette progression fulgurante n’est pas près de s’arrêter. Depuis le lancement du Plan d’Accélération Industrielle (PAI) 2014-2020 et la structuration des écosystèmes du secteur, la dynamique de croissance de l’automobile s’intensifie et les succès se multiplient avec, notamment, l’implantation de PSA et la densification du tissu d’équipementiers organisé autour des deux constructeurs. Ces nouveaux succès sont redevables à la démarche des écosystèmes. La structuration des filières de l’automobile en écosystèmes performants a été décisive pour localiser davantage de valeur, faire émerger de nouveaux métiers et gagner en intégration et en compétitivité.

C’est dire tous les bénéfices procurés à l’industrie automobile par les écosystèmes mis en place. Ils représentent de véritables leviers d’accélération industrielle et des catalyseurs de performance. Depuis le lancement du PAI, 70 projets d’investissements de création ou d’extension d’unités existantes ont été lancés, 60.000 emplois sont engagés, soit 66% de l’objectif visé et 60 milliards de DH de chiffres d’affaires à l’export ont été réalisés en 2016 contre 40 milliards de DH en 2014, soit une croissance de 50%.

Le Maroc, qui table sur une capacité de production annuelle d’un million de véhicules à l’horizon 2020 avec un taux d’intégration de 80%, a atteint aujourd’hui un taux d’intégration locale de 50%. Est-ce à dire que le Maroc a les moyens d’intégrer le Top 7 mondial de l’industrie automobile dans les prochaines années ?
Absolument. Notre ambition d’intégrer le top 7 mondial de l’industrie automobile est tout à fait fondée. Nous sommes sur la bonne voie et nous possédons tous les atouts pour concrétiser cet objectif.

Développer notre taux d’intégration est une priorité. C’est le chemin à emprunter pour l’industrialisation du secteur. Le PAI intègre cette démarche pragmatique à travers les écosystèmes structurés. Avec l’Écosystème Renault, nous ciblons un taux d’intégration de 65% qui sera porté à 80% en 2023, avec l’activité de l’usine de PSA.
L’industrie automobile s’inscrit désormais dans un nouveau paradigme de développement. Ses filières montent en gamme, ses métiers se diversifient et l’intégration du secteur gagne en profondeur.

Après Renault-Nissan, PSA est en train de construire son usine qui devra démarrer la production en 2019. Voilà qu’on parle encore de discussions en cours avec des constructeurs automobiles étrangers et que des annonces pourraient suivre. Qu’en est-il exactement ?
Aujourd’hui, notre ambition est à l’évidence d’attirer d’autres constructeurs automobiles. Nous sommes en contact continu avec des constructeurs pour leur présenter la destination Maroc et l’offre qu’elle propose. Un réel intérêt est manifesté pour le Royaume qui est constamment benchmarcké par les leaders et qui se bipe désormais sur leurs radars.

Sumitomo, Yazaki, Panasonic, Kansai Paint, JTEKT Corporation, Asahi… De plus en plus d’équipementiers automobiles japonais s’implantent au Maroc. A votre avis, qu’est-ce qui attire ces équipementiers automobiles japonais vers le Maroc ?
Les investissements japonais dans l’automobile sont en effet considérables. Les groupes implantés disposent de 19 sites et emploient près de 36.000 personnes. Sumitomo, avec ses 8 usines dans le Royaume, est le 1er employeur privé étranger au Maroc.

Avec les investisseurs japonais, il s’agit à mon sens, d’une question de confiance. Ils font confiance à une destination qui leur offre les conditions idoines de gagner en compétitivité, de se développer et de croître. Une position géographique stratégique et un accès à leurs marchés cibles, des infrastructures de la qualité, des ressources humaines qualifiées et une offre de valeur compétitive.
Au vu de la dimension des investissements japonais actuels et ceux en perspective, la plateforme Maroc se positionne en véritable relais de compétitivité et de croissance.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait la force du Maroc comme lieu d’implantation pour la sous-traitance automobile?
Il faut savoir que pour un équipementier, le choix de la destination d’implantation est dicté par des impératifs stratégiques de croissance. Le Maroc répond visiblement à ces impératifs et devient une destination prisée des leaders du secteur, incontournable dans leurs choix de localisation. Comme je viens de le mentionner, la plateforme de production marocaine est devenue prisée. C’est devenu une base reconnue, capable d’attirer les leaders du secteur. Les implantations de majors mondiaux qui se succèdent en attestent. D’ailleurs, cet intérêt qui décuple pour le Maroc, nous le percevons à chaque rencontre avec les constructeurs et équipementiers. Ils décèlent une réelle opportunité de s’implanter dans le Royaume et nous en sommes particulièrement fiers.

Les écosystèmes mis en place marquent actuellement un tournant décisif dans l’automobile. Ils renforcent durablement les atouts nombreux de la destination Maroc que je viens d’évoquer. Une nouvelle dynamique collaborative et une articulation améliorée de la production se développent. Ils présentent un mode de production qui assure des délais et des coûts d’approvisionnement optimaux. Dès lors, des filières industrielles performantes et habilitées à accueillir les leaders émergent. Pour la plupart des investisseurs, la démarche des écosystèmes a grandement orienté leur choix d’implantation.

Au-delà de procurer une compétitivité plus importante à ses membres, par les collaborations et synergies qui s’y créent, l’écosystème offre des aides adaptées dont je citerai, notamment, les primes à l’investissement et à l’intégration locales, les aides à la formation, ainsi que l’accès à un foncier de qualité à des prix abordables. Autant d’éléments qui montrent l’environnement favorable que nous construisons pour les entreprises du secteur de l’automobile dont les réalisations actuelles nous confortent amplement dans notre démarche.

© Challenge Magazine

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